Élu président de l’Ordre des architectes du Congo (OAC) le 26 septembre 2026, Alain Symphorien Ndongo se donne et donne au nouveau bureau, la mission de replacer l’architecte au cœur de la politique d’aménagement du territoire et de construction au Congo. Il insiste sur la nécessité de professionnaliser le secteur du bâtiment, d’améliorer le cadre de vie des populations et de renforcer la collaboration entre les architectes et les pouvoirs publics. Le nouveau président de l’OAC plaide pour l’application stricte de la réglementation, afin de mettre un terme aux constructions anarchiques et de garantir des ouvrages durables.
Brazza Net Média : Pour commencer, quel est le rôle d’un architecte dans notre société ?
A.S.N : La dignité humaine repose aussi sur la qualité de l’environnement dans lequel nous vivons. Nos habitudes, notre mode de vie et notre cadre quotidien dépendent largement de la manière dont nos espaces sont conçus et aménagés. L’architecte est le spécialiste qui accompagne l’être humain dans l’organisation de ces espaces. Il réfléchit aux lieux où nous dormons, nous nous lavons, nous habillons, mangeons et exerçons nos différentes activités. Son travail consiste à concevoir un environnement adapté aux besoins des individus et des familles. L’architecture est un métier exigeant, qui nécessite des connaissances techniques, une véritable expertise et un sens élevé des responsabilités.
B.N.M : Quelle est la mission de votre institution ?
A.S.N : L’Ordre des architectes du Congo est l’institution chargée d’encadrer la profession et de veiller à ce que les personnes qui exercent ce métier disposent des qualifications requises. L’objectif est de garantir aux populations un accompagnement professionnel dans la conception de leur environnement bâti. À la campagne, une grande partie des activités quotidiennes peut se dérouler à l’extérieur : on se baigne dans un ruisseau, on utilise les espaces naturels et l’on construit parfois une simple cabane pour dormir. En milieu urbain, les exigences sont différentes. La densité de la population et la concentration des activités imposent le recours à des spécialistes capables de concevoir des espaces fonctionnels, sains et sécurisés. C’est pour éviter les abus et protéger les citoyens que la profession est réglementée. Au Congo, une loi adoptée en 1992 a posé le cadre légal de l’exercice du métier d’architecte. À l’échelle internationale, la profession est également organisée, notamment à travers l’Union internationale des architectes et l’Union des architectes d’Afrique. Nous ne pouvons donc pas laisser chacun exercer cette profession comme il l’entend. Lorsqu’un bâtiment est construit, il est important qu’un architecte qualifié en assume la responsabilité dans le cadre de ses missions. Cette exigence est fondamentale pour améliorer la qualité des constructions et accompagner le développement du pays.
B.N.M : L’Ordre des architectes occupe-t-il une place auprès des pouvoirs publics et des institutions chargées du développement du Congo ?
A.S.N : Notre rôle est d’accompagner les décideurs et de contribuer à l’élaboration des politiques qui concernent l’aménagement du territoire, la construction et le développement urbain. Nous sommes appelés à travailler avec la présidence de la République, les administrations chargées du foncier, de la construction, de l’urbanisme et de l’habitat, ainsi qu’avec celles qui s’occupent de l’équipement et des travaux publics. Notre profession se situe à l’interface de plusieurs acteurs qui interviennent dans la réalisation des bâtiments et des infrastructures. Pour prendre une comparaison, la fabrication d’une voiture repose sur une industrie organisée, encadrée par des règles et des institutions. Il devrait en être de même pour le secteur du bâtiment et des travaux publics. C’est pourquoi, en tant que président de l’Ordre des architectes du Congo, je souhaite renouer le dialogue avec les pouvoirs publics et l’ensemble des professionnels concernés. Nous devons travailler ensemble pour que nos villes, nos bâtiments et nos infrastructures soient à la hauteur des attentes des citoyens.
B.N.M : Dans quelle mesure l’architecture contribue-t-elle à relever les défis du développement et à améliorer les conditions de vie ?
A.S.N : Le développement durable suppose que nous luttions contre la pauvreté en créant des conditions de vie et de travail dignes. Or, il est difficile de prétendre améliorer les performances des citoyens si ceux-ci ne disposent pas de logements convenables, d’espaces bien aménagés et d’infrastructures adaptées. Beaucoup de Congolais construisent eux-mêmes leurs maisons, parfois sans accompagnement professionnel. Dans certains quartiers, les voies d’accès sont aménagées sans véritable planification. Les logements sont conçus sans tenir suffisamment compte de la ventilation, de l’organisation des pièces ou des conditions d’hygiène. Il suffit parfois de regarder l’aménagement des toilettes, des douches, des chambres des parents et des enfants pour mesurer l’ampleur du problème. Nous devons nous interroger sur les conditions dans lesquelles les familles vivent et dorment. Ces situations montrent que notre secteur du bâtiment et des travaux publics doit encore progresser pour répondre aux besoins de la population. Nous devons mettre nos compétences au service des autorités et des populations, afin que les projets de construction répondent à de véritables exigences de qualité. Il nous appartient de rassembler les compétences nationales, de les mobiliser autour de l’ambition commune d’améliorer durablement le cadre de vie des Congolais. Le secteur souffre encore d’un fonctionnement largement informel, parfois marqué par une véritable anarchie. Chacun construit selon ses moyens et ses propres conceptions, sans toujours respecter les règles ni mesurer les conséquences de ses choix. Nous voulons mettre fin à cette situation. Ceux qui investissent dans la construction doivent comprendre qu’ils ne dépensent pas simplement de l’argent pour ériger des murs : ils réalisent un investissement destiné à durer et à servir plusieurs générations. Un bâtiment correctement conçu et réalisé peut traverser un siècle, voire davantage, s’il bénéficie d’une construction de qualité et d’un entretien adapté. Notre objectif est donc de faire comprendre aux Congolais que le recours à un architecte n’est pas une dépense superflue, mais un investissement dans la qualité, la sécurité et la durabilité.
B.N.M : Peut-on savoir les principaux défis de votre mandat ?
A.S.N : Notre premier défi est de renforcer l’organisation de la profession et de veiller au respect de la loi. Les personnes qui remplissent les conditions requises doivent s’inscrire à l’Ordre et exercer leur métier dans le cadre réglementaire prévu. Nous préparons actuellement le onzième tableau de l’Ordre des architectes. Conformément à la législation en vigueur, nul ne peut exercer légalement la profession d’architecte sans être inscrit au tableau de l’Ordre.
Mais l’inscription ne doit pas être une simple formalité administrative. Nous devons également nous assurer que les professionnels inscrits exercent effectivement leur métier et contribuent au développement du secteur. Nous voulons donc instaurer une dynamique de responsabilité et de résultats. Il est important de savoir ce que chaque architecte réalise, quelles sont ses contributions et comment il participe à l’amélioration de notre environnement bâti. Un architecte doit être actif et productif. Il ne suffit pas de porter un titre : il faut mettre ses compétences au service de la société et produire des réalisations qui répondent aux exigences de la profession. Notre ambition est de rassembler les architectes congolais autour de cette vision, de renforcer leur solidarité professionnelle et de faire de l’Ordre un interlocuteur crédible auprès des pouvoirs publics.
B.N.M : Que faut-il remplir comme conditions à remplir pour être inscrit au tableau de l’OAC ?
A.S.N : La première condition est la formation. Il faut avoir obtenu un diplôme en architecture dans un établissement de formation reconnu, puis avoir accompli deux années de pratique professionnelle au sein d’un cabinet habilité, conformément aux exigences applicables. La formation théorique est indispensable, mais elle ne suffit pas. Il faut également se confronter aux réalités du terrain, apprendre auprès de professionnels expérimentés et acquérir les compétences pratiques nécessaires à la conception et à la réalisation des projets. L’architecture engage une responsabilité considérable, car nous concevons des bâtiments dans lesquels des personnes vont vivre pendant de nombreuses années. Une erreur dans la fabrication d’un produit alimentaire peut parfois conduire à jeter le produit. Mais une erreur dans la conception d’un bâtiment peut avoir des conséquences durables sur la sécurité, la santé et la vie de ses occupants. C’est pourquoi nous devons être particulièrement exigeants en matière de formation, d’expérience et de qualification. L’objectif n’est pas de compliquer l’accès à la profession, mais de garantir que ceux qui l’exercent disposent des compétences nécessaires pour protéger les populations et produire des constructions de qualité.
Propos suscités au siège de l’OAC par le groupe Brazza Net : +242 05 583 75 00, ebdimix@gmail.com
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