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• GUY MARIUS OKANA : QUAND LE DESTIN DÉJOUE LES CALCULS POLITIQUES
jeu. 15 oct. 26
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Écarté, emprisonné, déchu de ses fonctions et longtemps tenu à l’écart de la scène publique, l’ancien vice-maire de Brazzaville revient dans le jeu politique. Sa nomination comme conseiller du ministre d’État Pierre Oba sonne comme un désaveu pour ceux qui le croyaient définitivement neutralisé.

Au-delà d’un destin individuel, son parcours amène à s’interroger si la justice est appliquée avec la même rigueur à tous, indépendamment des rapports de force politiques.

LA CHUTE D’UN CADRE DU PCT

Pour Guy Marius Okana, l’ancien adjoint au maire de Brazzaville et membre du Comité central du Parti congolais du travail (PCT), la traversée du désert aura été longue, éprouvante et politiquement coûteuse.

Interpellation par la Centrale d’intelligence et de documentation (CID) à la suite de la plainte de Leslie Chanelle Malanda Loubayi, mère de la victime et épouse de Guy Marius Okakan, à sa présentation au parquet puis sa détention à la maison d’arrêt de Brazzaville, condamnation, perte de fonctions et d’avantages ; sa trajectoire a basculé, le faisant passer des cercles du pouvoir à une marginalisation dont certains pouvaient croire qu’elle serait définitive.

À l’origine de cette chute, une affaire à caractère sexuel impliquant une adolescente présentée âgée de 17 ans et vivant dans le foyer de l’intéressé où elle était « fille adoptive ». Une affaire sensible, dont la qualification pénale et les circonstances mériteraient d’être examinées à la lumière des décisions judiciaires rendues.

À l’époque, le procureur de la République, André Oko Gakala évoquait des faits qualifiés de pédophilie. Pourtant, selon les éléments avancés, la condamnation prononcée ne correspondrait pas nécessairement à ces qualifications initialement évoquées. Une distinction fondamentale, car en matière pénale, les accusations, les poursuites et les infractions finalement retenues ne sauraient être confondues.

DE LA PRISON À LA DISPARITION

L'interpellation en 2023 de Guy Marius Okana par le Centrale d’intelligence et e documentation a marqué le début d'une séquence particulièrement éprouvante. Incarcéré à la maison d'arrêt de Brazzaville dans l'attente de son jugement devant le tribunal de grande instance (TGI) de Brazzaville, l'ancien vice-maire s'est ensuite retrouvé au cœur d'une tempête judiciaire et politique.

Sa disparition soudaine en septembre 2023 puis son arrestation le 16 janvier 2024 à Sembé, dans le département de la Sangha, à environ 850 kilomètres au nord de Brazzaville, ont donné à cette affaire une dimension supplémentaire. Pour ses soutiens, cette succession d'événements a nourri le sentiment d'un acharnement dépassant le seul cadre judiciaire. Pour ses adversaires, elle constituait une occasion de plus de le tenir éloigné des centres de décision.

Or, il fallait distinguer les faits établis des interprétations politiques. Si des règlements de comptes ont effectivement accompagné cette affaire, leur démonstration suppose des éléments vérifiables. Mais les conséquences politiques, elles, ont été considérables.

DÉCHU, PRIVÉ DE SES AVANTAGES

La condamnation de Guy Marius Okana à une peine de quatre ans de prison avec sursis et à verser une amende de 15 millions de Francs CFA à la partie civile, a été précédé de sa suspension de ses fonctions de vice-maire de Brazzaville et de la perte des avantages liés à sa position. Il a tenté en vain de reprendre du service.

Mais la légalité des mesures prises à son encontre concernant ses avantages, mérite un examen précis des textes applicables et des décisions administratives correspondantes.

C'est sur ce terrain que se joue une partie essentielle du débat sur le sort d'un homme, les garanties offertes aux responsables publics lorsque la justice pénale et les conséquences politiques de leurs affaires se croisent.

UN DRAME FAMILIAL

L'épreuve n'a pas seulement emporté les fonctions et les privilèges de l'ancien vice-maire. Elle a profondément affecté sa famille. Guy Marius Okana aurait perdu son père âgé. Incapable de supporter les humiliations et l'acharnement dont son fils aurait été victime. Okana a aussi vu son couple brisé et une vie bâtie depuis des décennies, volée en éclat en un laps de temps.

Cette dimension humaine donne à son parcours la gravité particulière selon laquelle dans l’ombre des titres, des fonctions et des batailles d'influence, il y a une famille éprouvée et un homme contraint de reconstruire son existence après une chute brutale.

Libéré, mais banni dans les cénacles officiel officiels, Guy Marius Okana a vécu une longue période de retrait, marquée par la solitude et le dénuement, loin de l'exposition publique qui accompagnait auparavant ses responsabilités. Une descente aux antipodes de son statut de cadre politique et d'ancien responsable municipal de la capitale.

LE DESTIN REBAT LES CARTES

Mais les trajectoires politiques ne suivent pas toujours les scénarios écrits par ceux qui pensent en maîtriser le cours de l’histoire. Alors que son éloignement de la scène publique pouvait laisser croire à une retraite définitive, Guy Marius Okana fréquentait malgré tout son parti. Le président de l’ex association papa Bonheur en référence à Denis Sassou N’Guesso traversant le désert vient, lui aussi de traverser son désert. Il vient donc de sortir de sa vallée de la mort en retrouvant une place dans les institutions.

Sa nomination comme conseiller du ministre d'État, ministre des Affaires politiques, Pierre Oba, marque sa réapparition dans la sphère publique. Un retour qui prend valeur de symbole pour ceux qui estiment que son éviction avait été précipitée et que son avenir politique avait été prématurément enterré.

L'intéressé n'a pas nécessairement retrouvé toutes les fonctions ni tous les avantages perdus. Mais son retour auprès d'une personnalité de premier plan du pouvoir suffit à démentir l'idée d'une disparition politique irréversible.

DEUX AFFAIRES, UNE QUESTION DE JUSTICE

Des informations évoquent aujourd'hui le cas d'un colonel de gendarmerie en poste à Owando, soupçonné de violences sexuelles sur une fillette de 11 ans qui vivrait dans son foyer. Si ces allégations sont exactes, elles appellent une attention judiciaire immédiate, compte tenu de l'âge de l'enfant et de la gravité des faits allégués.

La comparaison avec l'affaire Guy Marius Okana vient du fait de savoir si les soupçons de violences sexuelles impliquant des personnes influentes font systématiquement l'objet du même traitement institutionnel.

La loi Mouébara, consacrée à la protection des femmes et des filles contre les violences, constitue à cet égard un repère majeur. Son efficacité se mesure aussi à sa mise en œuvre effective, sans distinction fondée sur le grade, le rang social, les fonctions ou les protections dont une personne pourrait bénéficier.

Il faut donc exiger la même rigueur pour tous, protection des victimes présumées, respect de la présomption d'innocence, enquêtes impartiales et décisions conformes au droit.

L'ÉCHEC D’UN DESEPOIR

Le retour de Guy Marius Okana met en évidence une réalité familière de la vie publique à savoir qu’une mise à l'écart peut être longue sans être définitive, et une carrière que certains croyaient achevée peut connaître un nouveau départ.

Ceux qui espéraient peut-être que l'ancien vice-maire disparaîtrait durablement de la scène publique doivent désormais composer avec son retour.

Après la prison, la déchéance, les épreuves familiales et les années de retrait, l'homme retrouve un point d'ancrage dans l'appareil d'État.

Le destin a parfois le dernier mot sur les ambitions de ceux qui veulent écrire la fin politique des autres.

Mais la véritable victoire vient de la capacité des institutions à garantir le droit, à protéger les plus vulnérables et à traiter chaque citoyen selon les mêmes règles.

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