DIGNE ELVIS TSALISSAN OKOMBI : « L'UMP CONTINUE D'EXISTER, NOUS PREPARONS DEJA LES PROCHAINES ELECTIONS »
Engagé en politique depuis près de deux décennies, président de l’Union pour un mouvement populaire (UMP), Digne Elvis Tsalissan Okombi exhume son parcours, réitère ses convictions et le positionnement de sa formation politique. Pour lui, une ambition politique se construit dans le temps, à travers l’implantation sur le terrain, la structuration d’un mouvement et la construction d’un projet capable de rassembler les Congolais.
BRAZZA NET MEDIA : Que devient votre parti, l’UMP a-t-elle disparu ?
Digne Elvis Tsalissan Okombi : Je crois que disparaître est un gros mot. Il est vrai que, lors des dernières élections, nous avons perdu le mandat de député dans les conditions que tout le monde connaît et que nous continuons de condamner avec la dernière énergie. La démocratie voudrait que les normes et les organisations soient soumises aux mêmes lois et aux mêmes conditions. A Ngo, nous avons vécu une situation très difficile autour des résultats électoraux. Avec les conséquences que vous connaissez, nous n’avons pas pu rééditer notre résultat de 2017.
B.N : Et l’UMP ?
D.E.TO : L’UMP continue d’exister. Elle a beaucoup d’élus locaux, une dizaine environ. Moi-même, j’ai un mandat d’élu local dans le département des Plateaux. Ces élus font leur travail. Nous préparons déjà les prochaines élections législatives et locales de 2027, en espérant qu’elles se dérouleront dans de meilleures conditions que celles de 2022.
B.N : Quelles sont vos défis à court termes ?
Nous préparons actuellement le congrès du parti, qui aura lieu en 2027. À partir de décembre, nous aurons la rentrée politique de 2027, suivie d’une tournée nationale du président du parti que je suis, afin de préparer notre base aux échéances à venir. Soyez rassurés qu’en 2027, nous voulons retrouver les résultats que nous avons déjà connus. Nous avons une base fiable qui attend que nous repartions sur le terrain.
B.N : L’UMP dont le président soutient Denis Sassou N’Guesso est-elle toujours parti du centre ?
Nous sommes et nous restons un parti du centre. Depuis le départ, notre positionnement n’est pas opportuniste. Nous sommes contre l’opposition systématique. Nous ne sommes pas contre tout ce qui est fait par le pouvoir. Quand quelque chose est bien fait, il faut savoir le reconnaître. Et lorsque quelque chose est mal fait, il faut également le dénoncer. Pour nous, il s’agit d’une posture républicaine. Les cadres formés par l’État et par les valeurs de la République doivent être au service de l’État, et non d’ambitions politiciennes.
B.N : Pourquoi fustigez-vous l’opposition carrière ?
Il ne peut pas y avoir une opposition éternelle. Je connais des responsables politiques qui, depuis 1997 jusqu’à aujourd’hui, sont toujours dans l’opposition. Ils s’opposent finalement à quoi ? À un moment donné, ce n’est plus une position fondée sur des valeurs ou des idées, mais une position centrée sur les hommes. En politique, il faut plutôt travailler autour des valeurs, des projets et des idées. On ne peut pas avoir une posture politique éternelle.
B.N : D’où tirez-vous votre sève politique ?
Je suis né dans une famille de politiques. Mon père était membre du Comité central du PCT, premier secrétaire de la jeunesse au niveau du département des Plateaux et ancien sous-chef du PCA, aujourd’hui appelé sous-préfet. J’ai donc grandi dans un environnement politique. À l’université, avec des amis, nous avons créé la Génération Pierre Oba. En 2009, cette organisation s’est transformée en parti politique, que nous avons appelé Union pour un mouvement populaire (UMP).
B.N : Un fils digne peut-il évoluer comme vous hors du parti de son père ?
Peut-être parce que je ne suis pas de gauche. Je pense qu’on n’est pas obligé de partager les mêmes convictions politiques que ses parents. Ce que je garde de mon père, c’est notamment la conviction et la foi en Denis Sassou N’Guesso comme homme providentiel pour notre pays. Pour le reste, nous n’avions pas toujours les mêmes points de vue. Les valeurs que nous défendons sont issues de notre foi chrétienne. Elles font, à mes yeux, une synthèse entre certaines valeurs de gauche et de droite. Je peux donc facilement me retrouver en accord avec les uns et les autres, tout en mettant en avant des aspects qui ne sont pas toujours suffisamment pris en compte. Pour nous, une société ne peut pas être solide sans être fondée sur la vertu. La lutte contre la corruption est également une valeur cardinale.
Nous combattons la corruption, la concussion et la fraude. C’est pourquoi, chaque fois que nous parlons de nos valeurs, nous remettons ces questions au centre du débat politique.
B.N : Pourquoi avoir lancé l’initiative du « Patriarche » ?
Le « Patriarche » n’est pas seulement une position politicienne. C’est aussi le statut qu’a aujourd’hui le président de la République. Il s’agit d’un statut de fait. Une grande partie de la classe politique actuelle n’est ni de la génération politique de Denis Sassou N’Guesso, ni de ceux qui ont commencé la politique avec lui. Beaucoup d’entre nous lui doivent quelque chose, que ce soit dans leur carrière politique, administrative ou à travers un soutien apporté à un moment de leur vie.
C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, vis-à-vis de notre génération et de ceux qui sont actifs en politique, Denis Sassou N’Guesso est devenu un Patriarche.
B.N : Qu’entendez-vous par Patriarche ?
Le Patriarche est celui auprès de qui chacun peut aller poser un problème, donner un avis ou exprimer un besoin. C’est aussi celui qui se trouve au milieu du village et qui cherche à coordonner, à rapprocher et à faire marcher ensemble les différentes composantes du pays. L’appel au rassemblement autour du Patriarche était donc un appel à dépasser les considérations politiciennes et les ambitions personnelles pour nous rassembler autour de lui. L’objectif était qu’il ne soit pas seulement le candidat d’un camp, mais celui de tout un pays.
B.N : Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?
D.E.TO : L’objectif n’était pas d’abord de tirer un capital personnel de cette expérience. En parcourant 15 départements et en rencontrant des milliers de Congolais dans des villages et des localités où nous n’étions parfois jamais allés, nous avons énormément appris. Personnellement, j’en ai gardé beaucoup de souvenirs, mais aussi un réseau d’amis et de relations avec lesquels nous continuons à travailler. Aujourd’hui, nous faisons partie, sans fausse modestie, des organisations les plus structurées. Nous avons vu, pendant la campagne électorale, des milliers de jeunes se mobiliser dans les 15 départements pour soutenir le Patriarche. C’est un acquis positif que nous voulons maintenir et capitaliser.
B.N : Que faites-vous aujourd’hui pour accompagner le projet du président de la République ?
D.E.TO : Il faut faire la différence entre la campagne électorale et l’après-campagne. Pendant la campagne, nous avons soutenu le projet du candidat afin qu’il soit élu. Maintenant qu’il est élu, c’est au gouvernement et aux différentes structures de l’État de mettre en œuvre son programme. Nous devons laisser au gouvernement la possibilité de faire son travail. Nous sommes revenus à notre projet de génération d’entrepreneurs et d’encadrement des jeunes. Nous sommes actuellement en train de mettre en place un grand incubateur et un espace de coworking qui permettra à des centaines de jeunes porteurs de projets de disposer gratuitement d’un cadre de travail. Ils pourront y trouver des bureaux, des salles de réunion et des espaces pour recevoir leurs partenaires. Nous voulons également leur permettre de domicilier leurs entreprises. Lorsqu’un jeune Congolais veut créer une entreprise, il est souvent confronté au coût élevé des bureaux, de la rédaction des statuts et de la recherche de financements. Notre objectif est donc de créer un environnement qui facilite l’entrepreneuriat des jeunes. Ils pourront notamment disposer d’une salle de réunion, d’espaces pour recevoir leurs partenaires, d’un ordinateur et d’une connexion Internet pour travailler.
B.N : Comment réagissez-vous à ceux qui vous qualifient d’opportuniste ?
D.E.TO : Si j’étais opportuniste, je serais aujourd’hui soit dans l’opposition, soit dans la majorité en fonction des circonstances. Cela fait dix ans que je soutiens le gouvernement et je continue à soutenir le président de la République. Cela fait également quatre ans que mon mandat m’a été retiré dans les conditions que tout le monde connaît, mais je suis resté constant dans mon soutien au Patriarche. Ce n’est donc pas de l’opportunisme. C’est une question de conviction. Une conviction ne doit pas être influencée par les éléments extérieurs. Aujourd’hui, nous estimons qu’au stade actuel de l’évolution de notre pays, nous ne voyons pas un autre homme d’État capable de conduire le Congo comme Denis Sassou N’Guesso.
B.N : Pourquoi cette confiance renouvelée en Denis Sassou N’Guesso ?
D.E.TO : Parce qu’à côté de ce que nous voyons aujourd’hui dans la classe politique, nous constatons l’émergence de nombreux chefs de clan. Être chef d’État, ce n’est pas être chef de quartier. Ce n’est pas être ministre, député ou chef de camp. L’expérience montre, selon moi, que Denis Sassou N’Guesso est aujourd’hui celui qui possède la vision la plus globale de la République.
C’est pourquoi, aussi longtemps qu’il pourra être président de la République, je fais partie de ceux qui continueront à dire : soutenons cet homme.
B.N : Avez-vous l’ambition de briguer un jour la présidentielle ?
D.E.TO : Une ambition se structure et s’organise. Je vous disais tout à l’heure que cela fait 17 ans que je suis à la tête d’un parti politique. Le jour où Digne Elvis Tsalissan Okombi décidera d’être candidat à la présidentielle, ce sera pour gagner. Il ne s’agira pas de faire 2 000, 3 000 ou 5 000 voix. Il faudra avoir pris le temps de travailler sur le terrain, de structurer un mouvement, d’être présent dans les 15 départements et d’avoir des représentants partout. Il faudra également avoir un projet capable de rassembler les Congolais, y compris ceux de la diaspora.
B.N : Comment prépare-t-on une telle ambition ?
D.E.TO : Une ambition se structure en commençant par la base, notamment les quartiers. Si vous n’êtes pas capable de vous organiser dans les quartiers, vous ne pouvez pas prétendre vous organiser dans les arrondissements. Si vous ne pouvez pas vous organiser dans les arrondissements, vous ne pouvez pas aller dans les départements. Il faut progressivement construire une implantation nationale et être capable de rassembler le maximum de Congolais autour d’un projet.
B.N : Pourquoi ne pas présenter aujourd’hui votre propre projet ?
D.E.TO : Aujourd’hui, nous avons un homme en qui nous avons confiance et qui est capable de rassembler au-delà de la majorité présidentielle et de sa famille politique, Denis Sassou N’Guesso. Aussi longtemps qu’il sera apte à être candidat à la présidentielle, nous ne voyons pas pourquoi nous devrions déjà exprimer une autre ambition. Le jour où le président de la République dira qu’il n’est plus candidat, la question se posera. À ce moment-là, les partis du centre pourront, éventuellement, travailler avec d’autres groupements politiques ou des personnalités pour déterminer s’il faut présenter une candidature.
B.N : Donc après 17 ans d’existence, l’UMP n’a toujours pas de projet pour rassembler les Congolais ?
D.E.TO : Pour le moment, notre priorité est de soutenir celui qui, à nos yeux, rassemble les Congolais, Denis Sassou N’Guesso. Le jour où il dira qu’il n’est plus candidat, la question d’un nouveau projet se posera. À ce moment-là, nous présenterons notre vision.
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