LUDOVIC NGATSE : « NOUS AVONS LES MOYENS D’ACCUEILLIR DANS LES MEILLEURES CONDITIONS LA FINANCE MONDIALE ».
A dix jours de l’ouverture, la République du Congo a mis tout en œuvre pour que les assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD), les 25, 26, 27, 28 et 29 mai 2026 « se passent de la manière la plus correcte possible. Notre pays en a les capacités et les moyens. Nous allons démontrer à l'Afrique que le Congo va offrir parmi les meilleures assemblées ». L’optimisme de Ludovic Ngatsé, le ministre de l’économie, du plan, de la statistique et de la prospective, est affiché dans une interview dans laquelle le président du conseil des gouverneurs passe en revue la grand-messe du monde de la finance mondiale et prospecte l’avenir du continent.
BRAZZA NET : Que vise la BAD en organisant ces assemblées annuelles ?
Ludovic Ngatsé : D’abord faire le point de sa gestion sur l'année écoulée. Ces assemblées l'occasion de lancer de grandes initiatives, d'inviter les principaux financiers du monde entier : les banques multilatérales de développement, la banque interaméricaine, la banque asiatique, les banques centrales, la banque mondiale, le fonds monétaire, et toutes les banques, les grandes banques nationales, les banques des pays arabes, à venir discuter avec le monde économique africain sur les opportunités d'affaires et de financement de l'économie africaine. Elles sont les premières du président Sidi Ould Tah, élu sur la base du nouveau projet de société, les quatre points cardinaux qui vise à mieux mobiliser la finance africaine, en mettant en place une nouvelle architecture financière. Elles visent à mieux mobiliser l'épargne africaine et à mieux l'allouer au projet qui accélère le développement de l'Afrique. Grande opportunité pour travailler avec les financiers, ces assemblées tombent à pic pour le Congo parce qui démarre un quinquennat. Ce qui implique un nouveau plan national de développement, un nouveau projet de société…
B.N : Y’aurait-il un handicap pour que la BAD démarre les grands projets au Congo ?
L.N : Tous les grands projets entre pays ont des contours compliqués…On vient par exemple de signer la dernière contrainte qui concerne les conditions fiscales et douanières de fonctionnement des sociétés qui vont exploiter le pont route-rail sur le fleuve Congo. On est plus que proche de la mise en œuvre et ce n'est pas forcément la BAD, malheureusement, mais nous. On ne s'est pas entendu pour finaliser les conditions préalables relatives à la mise en place du financement. Si nous arrivons à lancer les appels d'offres, très rapidement la BAD apportera sa part. Bien sûr qu'elle ne pourra pas apporter les 1 milliard de dollars, elle apportera sa part. On trouvera d'autres partenaires avec lesquels aller pour qu'on puisse finaliser ce financement…Donc le financement existe, maintenant on doit le mettre en œuvre. Cela peut prendre un peu de temps parce qu'il y a des préalables liés parfois à la finalisation de certaines études ou à la finalisation des contrats. Mais ça va se faire avec la BAD et avec la partie chinoise en ce qui concerne le reste du corridor 13.
B.N : Est-ce que la crise au Moyen orient ne va pas empêcher à la BAD de réaliser ses différents projets ?
L.N: Cette crise a des conséquences sur l'économie mondiale. Mais, pour ce qui concerne la BAD, la crise se passe au Moyen-Orient, les opportunités d'investissement sont en Afrique. Pour l'instant, malgré la révision à la baisse de la croissance africaine, l'Afrique n'est pas énormément touchée sur le plan économique du fait de cette crise. Si elle venait à perdurer, peut-être que la donne va changer. Pour ce qui concerne la stratégie du président Sidi Ould Tah de bâtir une nouvelle architecture financière africaine, on n'a pas de doute que des projets aussi prioritaires soient toujours au rendez-vous et que la BAD soit en mesure de les cofinancer avec d'autres partenaires.
B.N : Pour le cas particulier du Congo,
L.N : On ne peut pas dire que nous profitons. Mais, simplement que les effets de la crise actuelle sur nos comptes publics sont plutôt positifs. Le coût du pétrole depuis plus d'un mois est au-dessus de 90$, alors qu'au budget, il est de l'ordre de 66$. Donc on a un gain, bien sûr que ce n'est pas forcément perceptible, parce que le budget avait un déficit. Donc le gain que nous réalisons ne vient que réduire le gap financier…Il faut que l'Afrique saisisse cette opportunité pour accélérer sa croissance…Il y a beaucoup d'argent à travers le monde qui cherche des opportunités d'investissement. Il nous appartient de bâtir des environnements attractifs pour que l'on reçoive plus de financement, plus d'investissement direct étranger dans nos économies. Nous avons d'énormes potentiels pour ce qui est du Congo dans tous les domaines.
B.N : Est-ce qu'on peut s'attendre, au cours de ces assises, à trouver une solution du déficit des projets BAD dans le secteur privé congolais ?
L.N : La BAD n'a pas de projet dans le secteur privé, mais tout ce qui est financé l'est au profit du secteur privé. Quand on veut construire des routes, on ne finance pas directement l'entreprise de BTP qui construit, mais l'État qui est obligé de mobiliser le secteur privé pour réaliser. Non, la BAD travaille, à travers les financements qui sont mis en place, à accompagner le secteur privé dans son édification. Le projet Prodivac par exemple, est investissement dans le domaine agricole donc, qui finance les opérateurs économiques du secteur agricole, la pisciculture, l'élevage. Bien sûr que l'idéal aurait été une banque mondiale finance directement le secteur privé. C'est ce que nous allons mettre en place…Nous avons intérêt à faire que notre secteur privé se présente au guichet de la BAD, pour lever les financements directement, plutôt que de passer via les financements états.
B.N : Pensez-vous qu'il reste toujours une chance pour l'Afrique ?
L.N : La BAD est la première banque après la Banque mondiale. Elle est la première qui finance les investissements en Afrique. Donc ça reste une chance, mais les moyens de la banque sont insuffisants par rapport aux besoins de l'Afrique d'aujourd'hui. C'est pour cela que les transformations structurelles sont nécessaires, notamment le fait de bâtir une nouvelle architecture financière africaine qui apportera plus de liquidités à l'économie africaine et principalement à la banque. La banque vise à transformer cette épargne oisive en une épargne dynamique qui finance le développement. La BAD a tout son rôle à jouer et est plus qu'indispensable. Quand vous lisez les stratégies de la BAD, vous vous rendez compte qu'il y a un grand travail en cours et la banque a réalisé beaucoup de choses.
B.N : Combien entend investir le gouvernement dans la balance pour réussir ce rendez-vous de la finance mondiale ?
L.N : Sur la durée, on pourrait évaluer en termes d'investissement. D'abord, préparer le site nécessite un investissement dans le complexe hôtelier de Kintélé fonctionnel depuis 10 ans et, dont le taux de fréquentation n'était pas excellent. Il faut des remises à niveau, de l'argent. Vous réalisez qu’il y a tellement des nombreuses commodités additionnelles…de grande capacité et de qualité qui permettent d'abriter plusieurs réunions à la fois. C'est vrai que nous avons un des meilleurs centres de conférences de l'Afrique noire…Mais pour organiser les assemblées, il a fallu encore construire d'autres bâtiments annexes pour abriter les événements parallèles. Il y a tout le reste, la nutrition, la sécurité et autres. Cela coûte de l'argent.
B.N : Est-ce vraiment rentable et bénéfique pour le pays hôte ?
L.N : Si vous voulez un investissement direct, on peut être autour d'une dizaine de milliards de FCFA. Le fonctionnement, c'est-à-dire les assemblées elles-mêmes organisées, la sécurité, la nutrition, tout ce qui est hébergement, transport, tout ce qui est logistique autour de 7 ou 8 milliards. Mais pour un pays comme le Congo, c'est une dépense sur 3 ou 4 ans, parce qu'on nous a accordé ces assemblées annuelles depuis 2022. Donc, on devait prévoir de refaire les différents équipements. Ce qu'on devait dépenser, c'est juste les bâtiments annexes et le fonctionnement courant. Mais reconstruire ce centre, les véhicules par exemple, ça c'est un investissement qui est dans le budget de l'État, mais qu'on est obligé d'accélérer. Compte tenu de ce qu'on attend, des gains potentiels que nous pouvons avoir, surtout qu'on a une grande chance que ces assemblées se passent en début de mandat, c'est vraiment absorbable par notre économie.
B.N : Tout est-il déjà au point ?
L.N : Nous avons mis tout en œuvre pour que ces assemblées se passent de la manière la plus correcte possible. Notre pays en a les capacités et les moyens. Nous allons démontrer à l'Afrique que le Congo va offrir parmi les meilleures assemblées annuelles. J'ai été à certaines d'entre elles. Et ce n'est pas pour rien que le gouvernement de la BAD a sauté sur le Congo qui dispose des capacités nécessaires. Nous avons un des meilleurs aéroports d'Afrique, un des meilleurs centres de conférences d'Afrique, des routes, une économie dynamique, la stabilité politique, une jeunesse dynamique, des opportunités d'investissement. Nous avons mis tout en œuvre pour qu'il y ait la qualité dans les échanges, la sécurité, les hôtels de qualité. Nous avons bâti ces dernières années des grands hôtels. Nous avons les moyens d'accueillir dans les meilleures conditions la finance mondiale au Congo. Et donc, croyons en nos forces, présentons notre pays de la manière la plus propre possible, préparons-nous à présenter nos projets pour susciter les appétits des investisseurs. Travaillons pour nos prochains plans nationaux de développement et la mise en œuvre du projet de Président, à savoir l'accélération de la marche vers le développement. Cela est possible parce que nous offrons les conditions qui permettent d'atteindre ces objectifs que sont ceux d'accélérer à travers cet événement qui est une opportunité incroyable parce qu'elle arrive au bon moment où nous sommes en train de lancer un nouveau projet de développement qui est le projet de société du président de la République.
Propos suscités et recueillis au Centre international des conférences à Kintélé qui abritera les Assemblées annuelles de la BAD