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JUSTE DESIRE MONDELE : « SI LES AGENTS D'AVERDA ENTRENT DANS LE NON-DROIT, ON NE POURRA PAS LES ACCOMPGANER»

mer. 5 nov. 25

Le rappel du ministre de l’assainissement urbain, du développement local et de l’entretien routier (MAUDLER), Juste Désiré Mondélé fait suite à la sortie inopinée de ces derniers à son ministère. Bien que ne comprenant pas pourquoi les agents d’Averda ont ciblé son département ministériel pour un contrat de travail entre des particuliers et une société privée, Juste Désiré Mondélé les a ménagés et honorés, par son humanité et par sa sensibilité à la détresse de l’autre. Le choc passé, il s’ouvre à Brazza Net, dans cette interview exclusive réalisée dans son bureau, sis sixième étage de l’immeuble Vincent Gomez, siège de son département ministériel. 

BRAZZA NET : Que savez-vous de la récente sortie dans votre département des agents de l’ex-délégataire du service public de l’assainissement, Averda ?

Juste Désiré Mondélé : La vérité, c'est ma surprise. Nous n'avons jamais reçu de demande de rencontre ou d'audience avec des anciens sociétaires de la société Averda.

B.N : Comment avez-vous appris la surprise ?

J.D.M : Nous avons été informés à la première heure du 30 octobre 2025 d’un attroupement dans ce quartier résidentiel situé entre le Parlement, la présidence de la République, la résidence du premier ministre et bien d'autres bâtiments administratifs, sans autorisation préalable d’un quelconque rassemblement. On met cela dans le compte de la pression sociale. Nous comprenons, adhérons et partageons la sensibilité face à toute détresse sociale qu’elle vienne ou non, des anciens sociétaires d’Averda. Mais nous pensons que dans une République les choses doivent être faites dans les règles de l'art et légalement.

B.N : Qu’entendez-vous par là ?

J.D.M : 200, 300, 400 voire 500 personnes ne peuvent pas faire irruption dans une institution, soit-elle un ministère. C'est comme s’ils sont à la quête d'un incident quelconque. Qui répondrait en cas d’incident ?

B.N : Pourtant vous les avez reçus ?

J.D.M : Sensibles à la détresse du prochain, nous avons instruit le directeur de cabinet de les écouter, afin de comprendre quelle corrélation établissent-ils entre Averda qui est une société privée, donc de droit privé ayant signé des contrats de droit privé avec ces particuliers et notre département ministériel. S’il y a un contentieux dans l’exécution de leur contrat, ils devraient saisir les juridictions civiles, les tribunaux du travail, l'inspection du travail ou passer par d'autres mécanismes légaux, au lieu de cibler au ministère de l’assainissement. Je n'ai pas trop compris et, je ne comprends toujours pas, mais j'insiste que je demeure sensible aux difficultés que peuvent rencontrer des pères de famille, voire même des jeunes, aujourd'hui au chômage, alors qu'ils avaient un emploi.

B.N : Que retenir des conclusions de leur réception par votre chef de cabinet ?

J.D.M : La paix sociale. Le président de la République lors de l'inauguration du complexe scolaire de la Liberté a insisté encore. La paix, encore la paix, et toujours la paix, sans laquelle on ne peut rien faire. On les a reçus en réalité, simplement, parce qu'il est de notre droit, il est de notre responsabilité, par rapport à nos fonctions, aussi d'apaiser, d'écouter. Parce que s'ils sont arrivés ici à la première heure, ils étaient aussi nombreux, venant certainement des quartiers parfois périphériques. Cela veut dire peut-être que c'était l'unique porte qui leur restait, étant donné que, selon mes collaborateurs, ils auraient été reçus par le président du Sénat à la mi-septembre, par le médiateur de la République, par le président de la commission économie et finances du Sénat. Mais là-bas, je ne pense pas qu'ils sont partis en meute. Il aurait fallu seulement ou suffit qu'il y ait une interpellation régulière des forces de l'ordre, il y aurait eu un débordement et on irait dans tous les sens.

B.N : Que leur dites-vous ?

J.D.M : Les travailleurs d’Averda savent qu’ils ont signé un contrat libre avec une société privée. J'ai compris que cette société n'est pas encore liquidée. Cela veut dire qu'ils ont tous leurs droits naturellement. Nous estimons qu’il y a un protocole d'accord de sortie de contrat entre l'État et la société Averda. Légalement, l'application de ce protocole d'accord fera en réalité, qu’ils rentrent dans leurs droits.

B.N : Et leur demande d’être prioritaires au recrutement d’Albayrak qui a succédé à Averda dans l’assainissement ?

J.D.M : Cela ne relève pas de la compétence de l'État, même s'il y a un accord, un contrat entre ladite société d'une part, l'État et les collectivités locales, notamment le Brazzaville et le Pointe-Noire d’autre part. Nous ne pouvons pas interférer dans le management d'une entreprise privée…J'ai été moi-même chef d'entreprise privée. Le droit de grève illimité n'existe pas dans le code de travail du Congo. Lorsqu'on entre dans un bras de fer social, on met en danger et on casse l'outil de travail. Est-ce que la nouvelle société n’a pas émis des réserves de récupérer des agents dont 90% peuvent engager une grève illimitée en violation de la loi et paralyser l’activité ?

B.N : Leur cause est-elle perdu ou l’Etat peut-il les rassurer d’avoir un lien avec Averda dont les chefs se sont volatilisés ?

J.D.M : Averda n'est pas une société de droits congolais. Elle a créé une filiale locale. Cela veut dire qu'Averda existe dans d'autres pays et ne va pas quitter le globe terrestre au motif qu'elle ne veut pas honorer ses obligations sociales en République du Congo. Je rappelle, il n'y a pas eu rupture de contrat entre Averda et les collectivités de Brazzaville et Pointe-Noire. Le contrat était arrivé à son terme. Pendant qu'il y avait des discussions pour voir s'il fallait renouveler le contrat, sous quelle forme et à quelles conditions, il s'est créé un mouvement social dit illimité. Lorsqu'une société s'installe en République du Congo, il y a des organismes qui font que l'on peut savoir si la société a disparu ou pas.

B.N : Mais Averda s’est volatilisée ?

J.D.M : La société Averda n'a pas disparu puisqu'elle a un protocole transactionnel avec l'Etat. L’Etat dans son devoir de de protection des plus faibles, devra veiller, avoir regard social sur la situation de ces salariés.

B.N : Le processus transactionnel veut-il dire que l'Etat doit encore à Averda et qu’au paiement de la dette Averda règle ses obligations envers les agents ?

J.D.M : Il y a une dette publique de l'Etat. Si l'Etat a une dette, ce n'est pas seulement vis-à-vis d'Averda. Il y a bien d'autres entités comme dans d'autres pays où l'Etat a sa dette publique qu'elle règle au fur et à mesure. Le gouvernement, donc l’Etat va veiller, voir dans le cas s’exécute le protocole transactionnel. Il va regarder que chaque fois qu'il y aurait un geste concernant l'exécution de cet accord, que les priorités soient aussi mises en ce qui concerne le volet social à savoir le solde de tout compte et les deux mois d'arriéré afin que ces pères de famille recouvrent leur dignité et qu'ils ne soient pas obligés de faire des sit-in matinalement et à se mettre même hors la loi.

B.N : Un message à ces chefs de familles replongés dans la précarité ?

J.D.M : Je partage leur détresse. Certains ont été embauchés, semble-t-il par la nouvelle société à Pointe-Noire comme à Brazzaville. Mais est-ce que la société privée pouvait absorber et prendre ceux qui sortaient aussi d'une grève illimitée au risque de vivre bis repetita de ce que l'ancienne société avait vécu ? Je ne sais pas, mais tout ce que je peux leur dire, c'est que leur droit est forcément légitime. Ils réclament leur droit. Mais il ne faut pas qu'en réclamant leurs droits, ils entrent dans une zone de non-droit. Si les agents d’Averda entrent dans la zone de non-droit, on ne pourra pas les accompagner, on ne pourra pas les aider. Par contre, s'ils restent dans la zone de droit, le gouvernement veillera à ce que dans le cadre de l'exécution du protocole transactionnel, à chaque fois qu'il y a un paiement que le solde de compte de ces salariés soit une priorité.

B.N : Sont-ils condamnés au chômage ?

J.D.M : Ils sont partis de salariés à chômeurs. L’Etat devra aussi examiner dans quelles mesures, ces compatriotes pétris de leur expérience et de leur expertise chez Averda, pourraient pour certains, être utiles dans les divers projets que nous lancerons dans le cadre de l'assainissement. Mais ça ne va pas être dans le désordre, parce que le désordre, nous ne le tolérons non plus.

Propos suscités au siège du MAUDLER par BRAZZA NET absolu : +242 06 662 88 75, ebdimix@gmail.com